Les régionalistes savoyards n’ont jamais donné dans l’action violente, mais Mickey a été accusé de vouloir franchir le pas. Tout ça pour un propos de comptoir... (dossier régionalisme savoyard)
Militant de la première heure de la Ligue savoisienne, Jean-François Chabert, dit Mickey, en a été exclu cinq jour après le 11 septembre 2001 pour une raison qui collait à l’ère du temps : il aurait eu des visées terroristes. « La vérité, c’est que je n’ai plus été d’accord avec le bureau de la Ligue à partir du moment où Patrice Abeille m’a dit, après son élection à Rhône-Alpes, qu’on était désormais un parti politique français comme les autres, assure Mickey. Mais je suis resté avec les GDS, qui s’occupaient d’éviter tout débordement lors des manifestations. Et on a proposé des actions de terrain, notamment de recouvrir l’Arc de Triomphe à Paris d’une énorme banderole Savoie Libre. On avait fait un repérage, mais Abeille a mis un terme au projet car, depuis qu’il était entré en politique, il ne voulait pas qu’on se fasse remarquer. Et puis il a commencé à se dire ici où là que j’avais des visées terroristes. Mais c’était tellement n’importe quoi que je n’ai pas réagi. Je n’ai jamais pensé que ces accusations porteraient. J’avais tant donné pour la Savoie. »

Pour sa part, Jean de Pingon nous affirme que, « un jour, Mickey m’a dit qu’il avait vingt équipes prêtes à agir avec différents objectifs et qu’ils avaient déjà fait sauter un camion. Et puis il m’a monré un tiroir avec deux flingues, avant de me donner un manuel sur la fabrication d’explosifs. Dès que je suis parti, je l’ai balancé dans une poubelle. » Chabert dément. « J’avais seulement réuni une équipe de cent personnes pour organiser une opération destinée à rétablir la zone franche de St-Julien à Douvaine, avec guérites et marquage au sol. Mais la Ligue n’a pas voulu le faire. »
Un témoignage de bistrot
Quoi qu’il en soit, Jean de Pingon aurait donc jeté le seul élément matériel susceptible d’accuser Jean-François Chabert, étant donné que personne n’a jamais vu de camion explosé. Quant aux revolvers, Mickey en détient effectivement deux, car il pratique le tir depuis son service militaire, « à titre sportif », précise-t-il. D’après un communiqué, publié en 2002 par la Ligue dans son journal, où on pouvait lire que Chabert projetait d’assassiner le préfet de Haute-Savoie, il a été exclu « sur la base d’un seul témoignage écrit ». Celui d’un ligueur à qui Mickey aurait demandé des explosifs. « C’était à la sortie d’une réunion du MRS, où il avait été dit que, en France, vu la situation, ça allait forcément péter, explique Chabert. Je lui ai dis : “ Putain, Marcel, trouve-nous des explosifs ! ” Mais c’était une conversation de bistrot où l’on raconte des conneries. Ça nous arrive quand même souvent. » La Ligue ne prend pas ça à la légère, car Mickey est alors accusé d’avoir voulu constituer un réseau clandestin. Durant l’hiver 2002, il est perquisitionné et mis en garde à vue. Au terme de sept heures d’interrogatoire, l’un des policiers, forcé de constater que l’affaire Chabert a fait pschitt, aurait confié à Mickey : « On s’est quand même bien fait baladé », lui avouant qu’il a été dénoncé. L’épilogue de l’affaire est survenu l’année dernière. Après cinq ans de procédure, Jean-François Chabert a obtenu une réparation judiciaire pour les préjudices subis à la suite de son arrestation. Avec une petite touche assez cocasse. Suite à cette décision du tribunal administratif, l’Etat français devrait-être condamné à indemniser Mickey pour qu’il puisse se racheter les armes que les policiers avaient neutralisées et mises définitivement hors d’état de nuire. Il va pouvoir se remettre au sport.
B.P.
article paru initiallement dans le N°13 de la VDA (été 2007)
