Alors que les Savoyards se ruent dans les magasins bio, ceux-ci peinent à trouver de la marchandise produite dans notre région. La faute aux AOC ? (dossier caddie vert)
Les Savoyards sont de gros consommateurs de bio. En pays de Savoie, sont même basées deux des plus grandes réussites françaises d’un marché en plein essor : la chaîne de supermarchés Satoriz, née à Albertville, et la coopérative Aquarius installée dans l’agglomération annecienne et à l’origine du réseau bio-coop qui représente 10% du marché national. Mais ces structures, pourtant en rapport étroit avec des producteurs locaux, manquent de produits savoyards.
« Ici, il y a beaucoup d’AOC, confie Aurélie Herte de l’Adabio, organisme chargé entre autres de recenser les producteurs. Ce sont des produits valorisés. Du coup, faire du bio n’a pas d’intérêt économique et représente une contrainte car on doit être en observation permanente. On ne peut pas se reposer sur les moyens puissants des phytosanitaires chimiques. En plus, le producteur doit payer un contrôle annuel de 300 à 500 euros, alors qu’en Italie il est aidé pour sa protection de l’environnement. On a demandé la prise en charge du contrôle par la région, mais on n’a pas de réponse. » Il y a donc très peu de producteurs bios en pays de Savoie (quatre-vingt cinq) car ils ne vendent souvent pas leurs produits plus cher que s’ils étaient en AOC. Certains livrent d’ailleurs leur lait ou leur viande en conventionnel, car il n’y a pas de filière permettant de distribuer leur production. Une anecdote est révélatrice.
Un producteur de reblochon propose à son distributeur de passer en bio et de lui vendre ses produits au même prix que le fermier. Le distributeur refuse et dit que, s’il les prenait, il enlèverait l’étiquette. Parce que le label bio induit la suspicion sur le fermier comme sur la plupart des AOC, il n’est pas le bienvenu. On peut bien sûr se réjouir que notre agriculture soit encore largement extensive. Il n’empêche que seule la bio – du moins en pays de Savoie car certaines régions connaissent maintenant du bio intensif - assure un respect total de la terre. Mais alors que ceux qui l’empoisonnent n’ont de comptes à rendre à personne, l’agriculteur bio doit payer pour être certifié.
B.P.
(article publié dans le numéro 7 de la VDA, avril 2006)
