Un nouveau confrère a pris place dans la galaxie médiatique savoyarde, Le prétexte. Un agenda culturel sélectionnant les événements avec une subjectivité qui donne envie de sortir.

Depuis la fin du printemps dernier, un agenda culturel « nouvelle génération » s’est fait remarquer en bourrant nos boîtes mails de ces fameux SPAM. Ceux qui ont surmonté leur réticence à cliquer sur ce message d’un genre habituellement gonflant - mais qui cette fois vous veut du bien - ont pu, depuis, entrer dans un tunnel ininterrompu de concerts, spectacles, bons plans et manifestations plus ou moins undergrounds et de tous poils. Comment ces mails ont-ils pu arriver dans ma boîte ? C’est ce que commence par me confier, une bière à la main en terrasse d’un bar chambérien par une glaciale soirée de septembre, l’un des co-fondateurs de cet agenda dénommé Le Prétexte, Gaspar Bouillat-Johnson. « Au moment de lancer cette newsletter le 14 juin, on a simplement rassemblé le plus d’adresses possibles en récupérant tous les contacts de nos mails groupés… On n’était que quatre, mais ça faisait déjà pas mal de contacts, environ 500 adresses, et ensuite ça a fait boule de neige. »

«  Chambé, c’est chanmé ! »

En fait, l’histoire débute à l’automne 2011. Quand Gaspar, débarquant à Chambéry pour officier au sein d’une boîte qui coordonne les activités culturelles en Savoie, est interpellé par ses coloc’. « Ils m’ont dit : toi, tu bosses dans la culture, tu vas nous tenir au courant de ce qui se passe culturellement à Chambéry… » Pas plus informé que les autres, Gaspar prend ce qui pourrait s’apparenter à une bonne boutade entre potes au sérieux et se met à l’œuvre en collectant les infos venues d’univers aussi divers que les sites de la MJC et du Carré Curial, la grande place étudiante et culturelle de Chambé, ou tout simplement en courant les affiches à travers les ruelles. «  C’est vrai que quand je suis arrivé ici, je pensais plus à la montagne, au ski ou à la rando qu’à la culture, continue cet Avignonnais d’origine. On me disait : "Ici, tu verras c’est un peu la mort", ou encore de manière ironique : "Chambé, c’est chanmé !" Mais en fait, ici, y’ a plein de trucs à faire. Il faut juste d’aller chercher l’info, même si parfois c’est un peu compliqué et que ça demande un vrai boulot. » Début octobre 2011, l’avatar du Prétexte prend ainsi son envol sous la forme d’un simple mail envoyé à une quinzaine de  personnes. Et le courriel plaît aux amis, puis aux amis des amis et tourne de boîtes en boîtes. « Si bien qu’au bout de  3/4 mois, j’étais suivi par plusieurs centaines de personnes », raconte Gaspar encore incrédule.

Brouillon de culture ?

Le garçon se dit alors qu’il serait temps de passer la vitesse supérieure, et pense d’abord à créer un blog. Mais c’est une nouvelle fois en discutant avec une connaissance, un certain Damien Jost, que l’idée de mettre en place un vrai site s’impose. « J’étais un peu perplexe à l’idée de faire un site, se souvient Gaspar. Je ne m’en sentais pas capable, mais il m’a dit : Je vais t’aider. » Il s’associe donc avec ce « développeur » en informatique, chargé de façonner la structure de l’édifice. Suivra ensuite pour la déco intérieure une graphiste (Elsa Deschamps) et enfin, pour le fond, une rédactrice (Laure Gangloff). Ne restait plus qu’à lancer le site en juin. Avec toujours pour première approche le SPAM, son édito et un condensé des événements marquants à venir, qui donne une clef d’accès au site avec l’agenda complet, mais aussi des retours sur événements, des articles, des reportages vidéos, des interviews…

Les mousquetaires de la distribution culturelle

Nos quatre mousquetaires de la culture affichent très vite la volonté de sortir des frontières chambériennes. Quitte à s’y perdre un peu au début… « Le seul vrai critère, c’est le choix personnel, qu’une manifestation nous plaise, précise le jeune homme. Alors à un moment, on a pas mal tâtonné. On entrait quasi tous les événements qui passaient dans un rayon très large. Mais la force qu’on a, c’est qu’on connaît beaucoup ceux qui nous suivent, et on a très vite eu des retours plutôt "virulents". On nous disait clairement qu’il fallait faire plus de tri dans nos infos, se concentrer sur la région proche, car ça devenait brouillon. Maintenant, ça ne nous empêche pas de parler d’événements qui se passent dans les Bauges, en Maurienne ou même à Lyon et Genève, mais il faut que ça en vaille vraiment la peine, et en l’occurrence le trajet. Que ça reste exceptionnel, comme la fête des lumières par exemple. » Une fois ces atermoiements géographiques réglés, il ne restait plus qu’à voir si le site allait trouver son public. Et comme dirait Yves Camdeborde dans Masterchef, : « La mayo est en train de prendre. »

De mails en aiguilles

Doucement, mais sûrement Le Prétexte s’impose. Pour ceux à qui les chiffres parlent : 3000 abonnés à la SPAM-newsletter et 300 visites quotidiennes sur le site avec des pics au-delà des 500 par jour le vendredi. « Ça a fonctionné parce que même si c’est une structure amateur, on est tous des pros dans notre domaine. Par contre, si tu retires n’importe laquelle de ces quatre personnes, tout s’arrête, reconnaît modestement Gaspar qui refuse de se mettre seul en évidence. Bien sûr qu’au tout début de la chaîne il y a moi, mais Le Prétexte, ce n’était pas du tout une ambition personnelle. Ça c’est fait de fil en aiguille et surtout grâce à de belles rencontres. » Voilà donc pour l’histoire. Et l’avenir ? «  On réfléchit sérieusement à un support papier, répond Gaspar sans ambiguïté. A un petit agenda de poche. On veut encore valoriser notre travail, et développer le côté rédactionnel. Les gens sont demandeurs, ce qui ne m’étonne pas parce qu’aujourd’hui dans toutes les villes de la taille de Chambéry, tu as un support papier qui t’annonce les sorties. » Un passage du net au papelard qui serait tout de même à l’inverse de la tendance actuelle, et du coup, un modèle économique à repenser. « Pour l’instant, on est constitués en asso loi de 1901 et tous bénévoles, sans aucune subvention, ni rentrée d’argent. C’est même nous qui mettons de l’argent et du temps dans ce projet, alors si on peut avoir un peu de pub. Bon, pas des trucs immoraux évidemment, genre Mc Do (sic), mais plutôt des bars, des restos, des québabistes du coin… Après, quand tu vois que dans tout le département de la Savoie il y a moins d’habitants que dans l’agglo de Grenoble (ndlr : 411 007 habitants contre 666 372), forcément ça pèse. » La thune des pouvoirs publics, on ne serait pas contre non plus au Prétexte, même si Gaspar, en connaissance de cause, ne fantasme pas trop de ce côté-là non plus. « Travaillant dans la culture, je suis bien placé pour savoir comment se débrouiller pour avoir des subventions, mais aussi bien placé pour savoir qu’il n’y a plus beaucoup d’argent… »

Cultiver ses relations

En attendant la richesse, Le Prétexte cultive ses relations, et annonce des partenariats à venir avec la MJC, la scène nationale de Malraux, la chaîne de TV culturelle en ligne YourPulse, la plupart des bars alternatifs de la cité des ducs de Savoie ainsi que certains groupes d’internautes haut-savoyards pour aider à la mise en place du même modèle dans le 74. Et pourquoi pas aussi avec La Voix, vu le plaisir qu’on prend à parcourir ce site drôlement bien foutu dont l’utilité est indéniable.

Frédéric Delville

Retrouvez Le Prétexte et inscrivez vous au SPAM culturel sur : www.lepretexte.fr ou sur leur page Facebook : www.facebook.com/pretexte73

 

Commentaires  

 
+7 #2 29-09-2012 18:43
Une amie m'a transmis Le fameux SPAM culturel qu'un ami avait lui même reçu de la connaissance d'une autre amie.....
Le clavier à écran (nouveau bouche à oreilles), ça marche très bien! Pour preuve.
Le Prétexte c'est une super initiative. J'ai découvert, grâce à eux, les Jeudis de la St Jean (à St Jean de Couz) des manifestations à découvrir dans un lieu back to the past.....magnifique!
Citer
 
 
+7 #1 29-09-2012 18:39
Je suis un adepte du Prétexte et c'est vraiment chouette de lire l'envers du décor!
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

Notre fil twitter

Vos produits savoyards

Bannière