Malgré leur statue devant le château de Chambéry, les frères de Maistre sont plus connus en Russie qu’ici. Alors Rémi Mogenet les remet à leur place, dans les sommets de la littérature mondiale.
L’annexion de la Savoie a théoriquement fait entrer le patrimoine culturel du duché dans celui de la France, qui en a reçu la charge morale. Mais le mythe de l’unité nationale a fait beaucoup pour que la littérature savoyarde soit délaissée. On peut parler de tendance idéologique contraire à celle de la République, si on veut ; mais cela n’explique pas tout. Les frères de Maistre, Joseph et Xavier, l’illustrent bien : célèbres et respectés en Russie, ils sont peu connus en France, y sont souvent critiqués, et les Savoyards mêmes n’ont pas toujours de leurs œuvres, loin s’en faut, des notions très précises.
Xavier, peintre et officier
Joseph et Xavier de Maistre ont vécu tous les deux à Saint-Pétersbourg après la Révolution ; ils y étaient arrivés par des biais différents. Xavier (Chambéry, 1763 - St-Pétersbourg, 1852) était officier dans l’armée du roi. A ce titre, il vécut d’abord surtout à Turin. En 1793, il se joignit au maréchal Souvarov, commandant d’une alliance européenne contre la France : il préparait la reconquête du Piémont et de la Savoie. Malheureusement, Souvarov fut vaincu, et dut repartir en Russie ; Xavier l’y suivit. Peintre, il vécut de la réalisation de portraits. Il effectua en particulier celui de Pouchkine ; il existe toujours, et est visible à Saint-Pétersbourg. L’arrivée, en 1805, dans la capitale russe, de son frère Joseph (Chambéry, 1753 - Turin, 1821) en qualité d’ambassadeur du roi améliora son sort. Devenu officier de l’armée du tsar, Xavier participa aux campagnes militaires des confins de l’empire. Il en tira la nouvelle Les Prisonniers du Caucase (1825), dont il est généralement admis qu’elle eut un rôle important dans la naissance et le développement de la littérature russe moderne. Tolstoï, en particulier, s’en est largement inspiré.
Des éclaireurs de la modernité
Mais Joseph aussi fait autorité, en Russie. N’oublions pas qu’il fut l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg (1821), dont introduction parle en termes romantiques et beaux de la Neva (le fleuve qui traverse l’ancienne capitale russe) et de ses activités commerciales. Pour les Russes, notamment dans les cercles initiatiques, ce livre à la fois ésotérique et catholique est resté une référence majeure. H. P. Blavatsky, la fondatrice de la Société théosophique, parle (dans The Secret Doctrine) du “comte de Maistre” comme d’une autorité respectée. Une belle illustration du statut des frères de Maistre en Russie, où ils sont regardés comme des éclaireurs de la modernité au même titre que Voltaire et Rousseau, nous vient des notes de travail de Pouchkine. Celui-ci est l’auteur de plusieurs petites tragédies en vers, mais aussi d’une liste de sujets qu’il se promettait de traiter à l’avenir. Or, il s’en trouve un qui est tout à fait surprenant, et qu’il a pu connaître par Xavier, c’est “Bérold de Savoie” : il projetait d’écrire une courte pièce de théâtre en vers sur ce fondateur mythique de la Maison de Savoie. Mais qui connaît ce Bérold, en France ? On peut le dire : personne, sinon quelques Savoyards qui s’intéressent de près à leur culture. Pourtant, le plus grand poète de la Russie moderne le connaissait, lui, et estimait le sujet digne de son génie. N’est-ce pas extraordinaire ?
Un patrimoine non exploité
Le destin de la Savoie est peut-être de ne voir la grandeur de ses traditions reconnues que dans des pays étrangers. François de Sales même fut très apprécié par C. S. Lewis, l’auteur anglais de Narnia, dont on a vu récemment une adaptation sur les écrans ; il le considérait comme le meilleur écrivain religieux qu’il eût jamais lu. Il était pourtant anglican, non catholique. Mais Joseph de Maistre avait déjà remarqué que l’auteur de l’Introduction à la vie dévote avait beaucoup de succès dans les pays protestants... La France a acquis, en 1860, un patrimoine riche qu’elle n’exploite pas, parce qu’elle reste en général rivée à ce qui s’est fait entre la Loire et le Rhin : il n’est pas difficile de s’en apercevoir.
Rémi Mogenet, de l’Académie florimontane
Article publié dans le numéro 9 de la VDA (septembre 2006)


Commentaires
Mais ce serait la révolution ! Et nous en sommes restés à celle de 1789 et ses jacobins !
Les Savoyards moyens ne savent pas qui les frères de Maistre et n'en ont jamais entendu parler. Ils sembleraient qui soient aussi plus connus aux États-Unis. Pat Buchanan, candidat á la présidence des États-Unis en 2000, a appelé Joseph « un grand conservateur » et l'a cité plusieurs fois.
Example: blog de Buchanan oú il cite Joseph.
http://buchanan.org/blog/web-exclusive-pjb-nation-or-notion-120
Les Savoyards moyens ne savent pas qui les frères de Maistre et n'en ont jamais entendu parler. Ils sembleraient qui soient aussi plus connus aux États-Unis. Pat Buchanan, candidat á la présidence des États-Unis en 2000, a appelé Joseph « un grand conservateur » et l'a cité plusieurs fois.
Example: blog de Buchanan oú il cite Joseph.
http://buchanan.org/blog/web-exclusive-pjb-nation-or-notion-120
Cette partie de notre culture est en effet inconnue même de nos compatriotes .
J' ai beaucoup appris sur la vie de ces frères .
Je vais chercher dans nos bibliothèques et librairies , j' espère trouver un ouvrage .....
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