Jo conclut aujourd'hui son freestyle révélationnaire. Il attend toujours l’apocalypse, mais annonce que c’est pour bientôt. Y a plus qu’à trouver la lumière, en nous plutôt que chez un homme providentiel.
« Il n’y a plus de religion sur la terre : le genre humain ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redoutables annoncent d’ailleurs que les temps sont arrivés. (…) Je vois que certains écrivains adoptent déjà le principe que plusieurs prophéties contenues dans l’Apocalypse se rapportaient à nos temps modernes. » Ainsi parlait Joseph de Maistre, dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg. L’initié chambérien évoquait alors la proximité d’un « événement immense » annoncé par l’arrivée d’un Napoléon faisant figure d’antéchrist en tant que fruit d’une révolution sanglante qui serait l’œuvre du Malin. Encore faut-il relativiser, l’aîné des frères de Maistre n’étant pas le premier à annoncer l’imminence d’un grand soir illuminant. « La liste de ceux qui ont tenté de déterminer la date du “Jour du jugement” est impossible à faire, de l’Antiquité à nos jours », rappelle ainsi Jean-Pierre Laurant, professeur à l’Ecole des hautes études.
Napoléon Ier étant passé de l’autre côté depuis belle lurette, qu’en est-il aujourd’hui des épreuves de l’Apocalypse qui précèderaient l’avènement d’une révélation globale ? Sont-elles encore devant nous ou pour une bonne part dans les deux derniers siècles qui furent le temps des grandes guerres entre les nations constituées après la Révolution française ? La chute de ces nations qui se profile pourrait signifier l’entrée dans une ère nouvelle. Mais l’affaire est loin d’être réglée et la fin des conflits en ce bas monde n’est pas encore au programme. Le choc des civilisations amplifié par des va-t-en-guerre engendre même des affrontements qui semblent plus violents que jamais, du moins plus spectaculaires. Et rien qu’avec le chaos climatique qu’on nous annonce pour bientôt, les épreuves à venir pourraient ressembler à des ultimes punitions célestes. Katrina et ses copines nous en ont déjà donné un aperçu.
On attend le Christ
Mais au-delà des épreuves à traverser, un phénomène apparaît comme particulièrement important dans l’Apocalypse : le retour du Christ. D’après Jean, c’est lui qui doit mettre un terme au règne du dragon. Pourtant, malgré le caractère central de ce retour dans le texte de l’Apocalypse, l’Eglise catholique est quasi muette sur le sujet. « Je ne sais pas si on attend le retour du Christ, reconnaît le père jésuite Pascal Sevez. L’Eglise n’a pas de discours assez net là-dessus. Peut-être parce qu’on a perdu la dimension sociale et collective dans l’attente du Christ. On se contente aujourd’hui d’actions caritatives et, en fait, les gens attendent seulement leur mort. Voilà un domaine où on laisse libre cours aux sectes. » Le monde des sectes, lui, regorge effectivement de sauveurs, offrant une apocalypse au mille et un visages. C’est que, notamment depuis qu’Alice Bailey - une des fondatrices du mouvement New Age - a annoncé le retour prochain du Christ, une entité également connue en Asie sous le nom de Maitreya, nombreux sont les leaders de groupes dits sectaires que leurs disciples présentent comme l’heureux élu, de Ron Hubbard à Raël. D’autres attendent encore leur messie, et pas seulement dans des communautés présentées comme des sectes. C’est bien sûr le cas des Juifs, qui n’ont pas reconnu Jésus. Les Musulmans attendent, eux, l’imam Madhi. Selon l’imam Suyuti (1445-1505), il viendra préparer le terrain au retour de Jésus qui devrait rassembler tous les croyants se rendant alors compte que les différents monothéismes reposent sur les mêmes fondements, quelles que soient les chapelles. A l’heure actuelle, nombreux sont en fait ceux qui pensent que l’arrivée du sauveur est proche, y compris chez les Chrétiens, particulièrement dans la mouvance évangéliste. Au début du siècle dernier, les dirigeants de la Société théosophique avaient pour leur part cru avoir trouvé le promis en la personne d’un jeune Indou, Jiddu Krisnamurti, qui allait refuser d’endosser cette responsabilité. Cet homme a néanmoins porté toute sa vie un message d’une profondeur absolue, mais il pensait qu’il était vain d’attendre une quelconque autorité dans le domaine spirituel. En quelque sorte, il rejoignait ainsi Rudolph Steiner, qui avait quitté la Société théosophique estimant qu’il n’y aurait pas de retour physique, le Christ susceptible de nous sauver se trouvant en fait à l’intérieur de chacun de nous. Mieux vaudrait donc l’entendre que l’attendre.
L’homme doit être sa propre lumière
Aujourd’hui, alors que les catastrophes en tout genre se multiplient, et si c’était effectivement dans nos cœurs que se trouvait le moyen d’apaiser la tempête ? Si on arrivait à dénicher ce Christ au plus profond de soi, l’individu égocentrique laisserait place à une personne pleine et entière. Une personne consciente de sa nature véritable n’ayant plus à chercher la voie à suivre chez d’autres, notamment les gouvernants. « Les gouvernements, disait d’ailleurs Krishnamurti, seront nécessaires tant que l’homme ne sera pas sa propre lumière, tant qu’il ne mettra pas de l’ordre dans sa vie quotidienne. » Tandis que le ras-le-bol gouvernemental atteint des sommets, que le spectacle de la politique est de plus en plus pathétique, il paraît opportun voire urgent de nous découvrir intimement afin d’instaurer une espèce d’anarchie consciente de l’ordre des choses, la lumière de chacun devenant alors profitable à tous. Car si nous ne pratiquons pas cette apocalypse intérieure, qui se ressentira nécessairement à l’extérieur, l’heure du jugement de Gaia se profilera inéluctablement. Certains disent que l’on avance dans la vie de deux manières distinctes : par la sagesse ou les épreuves. Force est de constater que ces dernières ont souvent dicté notre évolution. Mais n’est-il pas temps d’anticiper les épreuves à venir en tentant de faire preuve de sagesse ? Pour cela, point besoin de messie ni de nouvelle religion, le Catholique Joseph de Maistre nous ayant confié que le renouveau arrivera lorsqu’il sera « démontré que les traditions antiques sont toutes vraies, qu’il suffit de les nettoyer et de les remettre à leur place pour les voir briller de tous leurs rayons ». Alors on comprendra ce qu’est la vraie et l’éternelle religion, celle qui relie les hommes. Et l’Apocalypse sera accomplie.
Jo Veillard
Chronique initiallement publiée dans le n°11 de la VDA (février 2007)
Retrouvez les autres choniques de l’apocalypse :
Part 1 : La fin d’un monde
Part 2 : L’apocalypse, quesako ?
Part 3 : La fin des temps est-elle dans le pré ?
Part 4 : Le diable au coeur
Part 5 : Tout le monde se couche pour Mammon
Part 6 : La mondialisation lumineuse
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Commentaires
L'ampoule à filament pourrait être porteuse d'une tradition lumineuse voire prophétique
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