Dénichant dans des écrits prophétiques la promesse d’une fédération mondiale dont l’entité de base ne serait plus la nation, Jo perçoit l'esquisse d'un harmonieux empire, pour juste après l’apocalypse.

« Les Nations s’étant mises en fureur, voici ta fureur à toi et le temps pour les morts d’être jugés. » Je ne sais pas vous, mais moi, cette phrase, extraite de L’Apocalypse de saint Jean, elle me parle. Alors d’accord, ça fait déjà un bail que les nations se sont mises en fureur – on vous fera grâce du détail des conflits survenus depuis l’arrivée du concept moderne de nation –, mais on voit de plus en plus venir les retours de bâton assénés tant par la machinerie humaine que par une nature trop longtemps malmenée par ces entités nationales vouant un culte à leur gloriole et à leur PIB. Et puis il y a maintenant l’état de faillite de nations asservies à des banques qui les entraînent vers leur chute. De quoi se dire que nos chers Etat-Nations ne seront pas éternels, et que leur jugement, ou leur dépôt de bilan, approche même à grands pas.

Dans une société de plus en plus mondialisée, on peut envisager pour demain un monde où règneraient des multinationales ayant pris la suite des états, par l’intermédiaire d’un gouvernement mondial à leur service. Certains le redoutent, mais on peut aussi préférer se remémorer les paroles de Paul Le Cour dans son fameux ouvrage L’Ere du Verseau : « D’après les prophéties bibliques, un temps viendra où les nations qui se partagent le monde, et s’enferment jalousement derrière leurs frontières en se dressant les unes contre les autres, disparaîtront pour faire place à un seul Empire : celui du Christ-Roi. » En gros, la promesse que nous fait Saint Jean.

L’Europe ferment d’un nouvel empire ?

Dans son livre, écrit dans les années 1930, Paul Le Cour envisage la création d’une union européenne, préalable nécessaire à la création d’un état mondial qui arriverait avec l’ère du Verseau. Sauf que l’Europe qu’il prophétise n’est pas celle que nous connaissons. Il la voit comme une fédération de provinces se substituant aux nations. Selon lui, ce sont les provinces européennes – que sont notamment l’Ecosse, la Catalogne, la Bretagne ou encore notre Savoie – qui représentent les entités spirituelles sur lesquelles pourrait se bâtir une fédération censée devenir la lumière du monde, expression de l’unité dans la diversité et ferment de l’Empire du Christ-Roi. Mais aujourd’hui, bien que les signes apocalyptiques se multiplient, qui œuvre à cet avènement ?

Certains ont pu croire qu’un empire, américain, régnait d’ores et déjà sur la terre. Georges Bush pouvait d’ailleurs faire figure de Christ-Roi venu prononcer son jugement. Après des années passées à abuser de la bibine, W affirmait en effet avoir redécouvert Dieu. Il avait même engagé une « croisade contre l’Axe du mal » qu’il promettait de mener à son terme. Mais la pilule a eu du mal à passer et l’on a évité un règne de mille ans de ce justicier texan qui pratiquait le châtiment plutôt que le pardon. Le shérif mondial a aujourd'hui été remplacé par un Obama aux faux airs de David Palmer, mais du genre docile qui se soumet à l’étage du dessus, contrairement au président de Jack Bauer.

Accumulant les échecs, l'Amérique n'est à l'évidence plus que c'est qu'elle était et elle apparait de moins en moins impériale. Du coup, où va-t-on désormais trouver un empire ? Faut-il en fait essayer de le comprendre ou de l’imaginer ? Là, on parle beaucoup de la Chine. Les Chinois sont partout, avec plein de sous. Le PC chinois vient même de sauver l’Euro en nous donnant des leçons de libéralisme. Un de mes copains, un garçon assez brillant ayant vécu longtemps aux Etats-Unis, redoute pour sa part vraiment les Chinois. Il pense même qu’il n’y a plus comme solution que de les attaquer militairement en leur déclarant la guerre par surprise. Bon, vu ce que l’Occident a pu faire en Irak ou en Afghanistan, il n’aurait sans doute aucune chance de gagner, mais mon pote pense quand même que c’est l’unique moyen de ne pas se retrouver soumis à l’empire du Milieu. Y en a d’autres qui craignent un péril musulman, qui peut apparaître à certains comme une sorte d’antechrist vert. Mais quand on voit à quoi peut ressembler le soit-disant ennemi public numéro un qui créchait à Aiguebelle ces derniers temps, on se dit l'empire islamiste manque singulièrement de réseaux pour pouvoir prendre le pouvoir. Ensuite, il y aurait bien sûr l’empire d’un gouvernement mondial qui règnerait par la finance. On le verrait d’ailleurs de plus en plus à découvert, tous les jours à l’affiche, qu’il soit représenté par Jacques Attali ou par les hommes de Goldman Sachs. Reste que les milieux financiers comme leurs représentants commencent à avoir bien chaud aux fesses. Et à ce sujet, c’est un éditeur plutôt renommé qui m'assurait dernièrement que tous les sbires de l'empire de la finance finiraient bientôt au pilori. Allez savoir.

De la fin des nations à la fin du savoir

Ce qui semble clair, c’est qu’aujourd’hui, dans ce monde, la guerre, qu’elle soit économique ou militaire, est devenue globale et ainsi omniprésente comme jamais. Or d’après le favori de Jésus, c’est quand l’état de guerre permanent sera terminé, une fois que « l’ancien monde s’en est allé », que régnera la « Jérusalem céleste ». Cela ne semble pas encore à l’ordre du jour. Et le penseur Krishnamurti nous assure que « tant qu’il n’y aura pas de changement radical qui nous fasse effacer toutes les nationalités, les idéologies et les divisions religieuses pour établir une relation globale – d’abord psychologique et intérieure, puis organisée à l’extérieur – nous continuerons à faire la guerre ». Ces conditions sont néanmoins à portée d’imagination à l’heure de la mondialisation. Alors qu’on parle de village planétaire, on pourrait se dire que les idéologies ont vécu et que la fin des nations est pour demain. Resteraient les divisions religieuses. Mais elles aussi pourraient s’effacer si l’on se décidait à suivre les conseils du sage d’origine indienne, car, selon lui, « la religion est un aspect de la science. Sa vocation est de connaître et de dépasser tout savoir, d’englober à la fois la nature et l’immensité de l’Univers, non pas à travers un télescope mais par l’immensité de l’esprit et du cœur. Et cela n’a absolument aucun rapport avec la religion organisée, quelle qu’elle soit ». Sortons donc un peu de nos chapelles respectives. Cessons de boire les paroles de dirigeants nationaux obnubilés par la croissance ou par une guerre à un terrorisme qu’ils s’affairent à créer. On serait alors plus disposé à prendre la voie tracée par Krishnamurti et à partir à la conquête du « véritable esprit religieux, qui dépasse de loin tout savoir, qui est peut-être le point ultime du savoir – non, pas peut-être, il est la fin du savoir. » Sur cet esprit, pourrait s’ériger un empire.

Jo Veillard

Chronique publiée initiallement dans le n°9 de la VDA (septembre 2006)

 

Retrouvez les autres choniques de l’apocalypse :

Part 1 : La fin d’un monde

Part 2 : L’apocalypse, quesako ?

Part 3 : La fin des temps est-elle dans le pré ?

Part 4 : Le diable au coeur

Part 5 : Tout le monde se couche pour Mammon

 

Commentaires  

 
0 #1 RM 28-01-2012 06:54
"qui œuvre à cet avènement ?" La Suisse ?

Sinon, le Dhammapada, recueil de versets en principes tirés de la parole de Bouddha Gautama, se termine par cette maxime : "Celui qui connaît ses vies antérieures, celui qui considère les séjours célestes et les états de souffrance, parvenu à la fin des cycles des renaissances, clairvoyant, omniscient, parfaitement accompli, celui-là je l’appelle un brahmane" (423). Rappelons que les "séjours célestes" et les "états de souffrance", présentés par l'ange, sont l'objet de plusieurs méditations de l'"Introduction à la vie dévote" de François de Sales : http://savoyarddunouvelobs.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/10/30/l-ange-conducteur-l-ouest-francais.html . Pour les vies antérieures, il se contente de célébrer le Père éternel dont l'âme vient, dans la première méditation, parmi les dix qu'il propose. Mais enfin, même dans les religions instituées, il y a bien des éléments de sagesse, à mon avis. Et pour le catholicisme francophone, surtout chez François de Sales.
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